Il paraît qu'il faut se présenter. L'exercice tient du triple salto arrière ontologique : trop bref, je passe pour un mystificateur ; trop disert, pour un mythomane. Démosthène, qui bégayait, avait résolu le problème en se mettant des cailloux dans la bouche avant de haranguer la mer. À défaut de cailloux et de mer, j'ai choisi le livre.
Ce site est un livre. Non par vanité numérique, mais parce que je n'avais ni photo de poignée de main virile devant une baie vitrée donnant sur la Défense, ni chatbot d'accueil à la chaleur humaine d'un distributeur de café soluble, ni envie de recourir au mot « disruptif », dont j'ai fait le serment solennel de ne jamais me servir, fût-ce pour décrire un tremblement de terre de magnitude 9 sur l'échelle de Richter.
J'avais, en revanche, des mots. Et comme le droit est d'abord un art d'écriture, la chose tombait assez bien. Portalis le savait, lui qui rédigea le Discours préliminaire du Code civil avec la majesté d'un organiste de Saint-Sulpice. Carbonnier le savait. Cornu le savait. Un contrat mal rédigé est une bombe à fragmentation dissimulée dans un massif de pivoines : on l'arrose, on l'admire, et un beau matin de mai elle pulvérise le signataire, son patrimoine, sa famille, son chien et accessoirement le juriste qui l'avait rédigé.
Le lecteur ne trouvera ici ni promesse de résultat, ni formule creuse, ni vocabulaire de la « disruption » ou du « legal design thinking ». Il y trouvera le récit honnête, souvent technique, parfois drôle, et toujours sincère, de ce que je sais faire et de la manière dont je le fais. Entre un prospectus et un livre, le choix était fait d'avance.